Echantillon pour Traduction Littéraire

Retrouvez ici un bref échantillon de traduction littéraire, réalisé uniquement à titre d’exercice, sans aucune volonté d’enfreindre les droits de reproduction et/ou de distribution, d’adaptation du texte original.

Ci-dessous, ma traduction. L’extrait en version originale se trouve juste en dessous de celle-ci.

Traduction réalisée pour valeur d’échantillon

RM Guillerme, 2010

« Vêtue d’une antique robe nuptiale, la sublime reine des vampires est assise dans son immense et sombre demeure, seule sous le regard dément des portraits de ses atroces ancêtres, qui tous, à travers elle, exhalent encore le souffle pestilent d’une existence posthume. Elle décompte les lames de son Tarot, construisant continuellement une constellation de possibles, comme si la chute aléatoire des cartes sur l’épais tissu rouge avait le pouvoir de la précipiter hors du cloître froid qu’est sa chambre, et dans un pays de perpétuels étés, oblitérant ainsi la pérenne tristesse de celle qui est à la fois la jeune fille, et la Mort.

Sa voix est pleine de sonorités lointaines, renvoyées comme par les parois d’une grotte ; vous voici là où tout disparaît, vous voici là où tout disparaît. Elle est elle-même une caverne emplie d’échos, elle est un système à répétition, elle est un circuit fermé. « L’oiseau peut-il apprendre autre chanson que celle qu’il connaît déjà ? » La longueur aigüe de son ongle glisse sur les barreaux de la cage où grisolle son alouette, tirant de ces cordes d’acier des notes dures et sonores, comme pincées au cœur d’une femme de métal. Ses cheveux tombent comme autant de larmes.

La plus grande partie du castel est livrée à des occupants fantomatiques, mais elle y garde ses appartements, une suite faite d’un petit salon et d’une chambre à coucher. Des persiennes parfaitement fermées et de lourds rideaux de velours les rendent hermétiques à la lumière du jour. Il y a un guéridon, couvert d’un riche tissu moelleux sur lequel elle abat son inéluctable Tarot ; cette pièce n’est jamais plus éclairée que par la chiche lumière d’une lampe à l’abat-jour pesant, sur la cheminée, et le papier peint à motifs rouges sombres est maculé de nouvelles marques obscures et indistinctes, dessinées par la pluie qui triomphe du toit décrépi et laisse derrière elle, au gré du hasard, des zones souillées et macabres, comme les traces laissées sur les draps par de défunts amants. Partout, déliquescence, putréfaction et moisissures. Le lustre éteint croule sous le poids de la poussière et ses prismes n’ont plus la moindre forme ; aux coins de ce sépulcre baroque et putrescent, d’industrieuses araignées ont tissé des baldaquins, et emprisonné les vases de porcelaine ornant la cheminée dans de doux filets gris. Mais la maîtresse de ce délabrement ne remarque rien.

Dans un fauteuil de velours bordeaux ravagé par les mites, elle reste assise à cette table ronde et basse où elle distribue les cartes ; parfois l’alouette chante, mais le plus souvent elle n’est qu’une masse maussade de plumes ternes. Parfois, faisant vibrer les barreaux de sa cage, la Comtesse l’éveillera pour une brève cadenza ; elle aime l’entendre admettre que toute évasion n’est que chimérique.

Elle se lève au coucher du soleil et gagne immédiatement sa table. Elle y joue une patience solitaire jusqu’à ce que son appétit s’éveille, jusqu’à être affamée. Elle est si belle que c’en est contre nature ; sa beauté est anomalie, difformité, car aucun de ses traits n’a la moindre de ces touchantes imperfections qui nous font accepter l’imparfaite condition humaine.  Sa beauté est un symptôme de son affliction, de la disparition de son âme.

Les mains blanches de la sombre élégante sont l’instrument du Destin. Ses ongles sont plus longs encore que ceux des mandarins de la Chine ancienne, et chacun est finement taillé en pointe. Ils sont, avec ses dents aussi effilées et blanches que des piques de sucre luisant, les seuls signes visibles de la destinée à laquelle elle souhaite tant échapper par le biais des arcanes ; des siècles de cadavres ont affûté ses crocs et ses griffes, elle est le dernier fruit empoisonné porté par l’arbre néfaste jailli du giron de Vlad l’Empaleur, qui avec indolence se repût jadis de charognes dans les forêts de Transylvanie.

Les murs de sa chambre sont voilés de satin noir, brodé de larmes de perle. Aux quatre coins de la pièce sont posés des urnes funéraires et des bols d’où émanent de fragrantes et torpides fumées d’encens. Au centre se trouve un catafalque d’ébène fastueusement travaillée, entouré d’énormes bougeoirs d’argent où brûlent de longues chandelles. Chaque aube nouvelle voit la Comtesse, dans son négligé de dentelle blanche discrètement taché de sang, en monter les quelques marches sombres et s’étendre dans un cercueil ouvert. »

Angela Carter, “The Lady of the House of Love”

(in The Bloody Chamber and Other Stories, 1979)

« Wearing an antique bridal gown, the beautiful queen of the vampires sits all alone in her dark, high house under the eyes of the portraits of her demented and atrocious ancestors, each of one whom, through her, project a baleful posthumous existence; she counts out the Tarot cards, ceaselessly construing a constellation of possibilities as if the random fall of the cards on the red plush table cloth before her could precipitate her from her chill, shuttered room into a country of perpetual summer and obliterate the perennial sadness of a girl who is both death and the maiden.

Her voice is filled with distant sonorities, like reverberations in a cave; now you are at the place of annihilation, now you are at the place of annihilation. And she is herself a cave full of echoes, she is a system of repetitions, she is a closed circuit. ‘Can a bird sing only the song it knows or can it learn a new song?’ She draws her long, sharp fingernail across the bars of the cage in which her pet lark sings, striking a plangent twang like that of the plucked heartstrings of a woman of metal. Her hair falls down like tears.

The castle is mostly given over to ghostly occupants but she herself has her own suite of drawing room and bedroom. Closely barred shutters and heavy velvet curtains keep out every leak of natural light. There is a round table on a single leg covered with a rich plush cloth on which she lays out her inevitable Tarot; this room is never more than faintly illuminated by a heavily shaded lamp on the mantelpiece and the dark red figured wallpaper is obscurely, distressingly patterned by the rain that drives in through the neglected roof and leaves behind it random areas of staining, ominous marks like those left on the sheets by dead lovers. Depredations of rot and fungus everywhere. The unlit chandelier is so heavy with dust the individual prisms no longer show any shapes; industrious spiders have woven canopies in the corners of this ornate and rotting place, have trapped the porcelain vases on the mantelpiece in soft grey nets. But the mistress of all this disintegration notices nothing.

She sits in a chair covered in moth-ravaged burgundy velvet at the low, round table and distributes the cards; sometimes the lark sings, but more often remains a sullen mound of drab feathers. Sometimes the Countess will wake it for a brief cadenza by strumming the bars of its cage; she likes to hear it announce how it cannot escape.

She rises when the sun sets and goes immediately to her table where she plays her game of patience until she grows hungry, until she becomes ravenous. She is so beautiful she is unnatural; her beauty is an abnormality, a deformity, for none of her features exhibit any of those touching imperfections that reconcile us to the imperfection of the human condition. Her beauty is a symptom of her disorder, of her soullessness.

The white hands of the tenebrous belle deal the hand of destiny. Her fingernails are longer than those of the mandarins of ancient China and each is pared to a fine point. These and teeth as fine and white as spikes of spun sugar are the visible signs of the destiny she wistfully attempts to evade via the arcane; her claws and teeth have been sharpened on centuries of corpses, she is the last bud of the poison tree that sprang from the loins of Vlad the Impaler who picnicked on corpses in the forests of Transylvania.

The walls of her bedroom are hung with black satin, embroidered with tears of pearl. At the room’s four corners are funerary urns and bowls which emit slumberous, pungent fumes of incense. In the centre is an elaborate catafalque, in ebony, surrounded by long candles in enormous silver candlesticks. In a white lace negligé stained a little with blood, the Countess climbs up on her catafalque at dawn each morning and lies down in an open coffin. »

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s